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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/29

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Providence a su inspirer pour elle des sentimens de sympathie aux nations civilisées de l’Europe ? Le plus souvent, c’est de l’excès des maux que Dieu fait naître le bien pour le genre humain ; et si ses voies sont ordinairement lentes, elles sont du moins toujours sûres. Sa justice ne se révèle aux hommes qu’avec le temps.

Entre toutes les puissances européennes qui profitèrent de la servitude des Africains, quelles sont celles qui montrent de nos jours le plus de bienveillance pour cette race, infortunée, qui font les plus nobles efforts, les plus grands sacrifices pour anéantir la traite, après avoir aboli l’esclavage ? Justement la Grande-Bretagne et la France qui ont le plus lutté contre elle à Saint-Domingue, pour la retenir ou la replacer sous le joug.

N’est-ce pas là une preuve palpable de la volonté divine, amenant graduellement, mais infailliblement, le triomphe des droits de l’humanité contre l’oppression ? La Providence a fait encore plus : elle a voulu que le triomphe de cette race, méprisée, tourmentée, éclatât sur cette terre même où les Européens commencèrent leurs iniquités envers elle.

Toutefois, ce sera toujours un honneur pour elle d’avoir incessamment protesté dans ce même pays contre le régime colonial.

C’est encore à Haïti que les Africains et leurs descendans donnèrent, les premiers, l’exemple d’une lutte sanglante pour obtenir la reconnaissance de leurs droits naturels.

C’est enfin là qu’ils se signalèrent par une résistance plus unanime, afin de s’émanciper absolument du joug européen.


« La guerre est un véhicule de la civilisation, » a t-on dit.