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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/283

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lio, fut chargé de faire une copie imprimée de ce sinistre écrit qui dut être ensuite remise en temps opportun au chef de la conjuration, afin d’exciter plus ardemment les esprits à la révolte : ce qu’il n’exécuta point. »

Voilà certainement des indices frappans d’une conjuration profondément méditée contre les jours de Dessalines. On conçoit et on excuse celle arrêtée entre H. Christophe, Geffrard et Pétion dont la vie était menacée ; mais ce triumvirat de Boisrond Tonnerre, Mentor et Borno Déléard, trois officiers jouissant de la confiance de Dessalines et en profitant pour le précipiter dans l’abîme, à quelle cause l’attribuer ? À la funeste ambition qui les égarait. En faveur de qui conspiraient-ils, puisqu’ils espéraient des positions si élevées dans le nouveau gouvernement ? Recherchons, rapprochons les diverses données de la tradition orale que nous trouvons dans l’Histoire d’Haïti, dont l’auteur a ignoré celle que nous venons de donner : peut-être la lumière jaillira-t-elle.

Parmi une infinité de propos attribués à Mentor, nous remarquons ceux-ci :

« Comme il savait que David-Troy ne pouvait qu’être hostile à l’empereur, il lui dit un jour en le rencontrant dans la rue (en 1805 déjà !) : — Est-ce qu’un ignorant tel que Dessalines est fait pour nous commander ? Des hommes tels que nous devraient être à la tête du gouvernement. J’organise un parti contre l’empereur ; sois des nôtres, tu acquerras une haute position quand j’aurai réussi. Je veux que Dessalines commette tant d’injustices, que le peuple soit obligé de se soulever contre lui[1]… »

  1. T. 3, p. 237.