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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/272

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dénonciateur, humilié, se promit de se venger en le poussant à des actes de fureur qui exciteraient le mécontentement contre lui. B. Tonnerre ne serait pas le seul qui eût conçu ce plan affreux. Mentor et Borno Déléard auraient été d’accord avec lui. Ces trois hommes se persuadaient qu’avec le caractère de Dessalines, ils réussiraient dans leurs vues, conçues peut-être avant son départ de Marchand, parce qu’il agréait presque toujours les conseils qui l’excitaient au mal.

Il y avait à Jacmel un Anglais nommé Thomas Thuat, négociant établi dans le pays depuis si longtemps, qu’il était en quelque sorte considéré comme un indigène, un Haïtien, aimé pour sa bienfaisance envers les malheureux, pour son obligeance envers tous. Déjà, en 1805, dans une tournée d’inspection effectuée par Inginac, sur l’ordre de l’empereur, il parait qu’il aurait acquis la preuve manifeste que Thomas Thuat avait fait des actes de contrebande (ce que faisaient bien d’autres étrangers dans les ports, et d’accord avec les fonctionnaires des finances) ; et Inginac l’aurait contraint à une restitution au trésor public de 24 mille piastres, et l’aurait condamné de sa propre autorité, à une amende égale à cette somme[1]. Nous disons de sa propre autorité, parce que nous n’avons trouvé jusqu’ici aucune disposition de loi qui autorisait une aussi énorme amende, et que dans tous les cas, un tribunal seul était habile à prononcer. L’ordonnance du 15 octobre 1804, sur la vente des cargaisons en gros, prévoyait seule une amende de 300 et de 500 gourdes contre les délinquans. Mais si celle de 24 mille gourdes fut réellement imposée à Thomas Thuat, ce fut une injus-

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 254, sans doute sur des notes d’Inginac qui en a fourni beaucoup à l’auteur.