Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/261

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


regretter que ce chef ne put jamais inspirer à qui que ce soit, une entière sécurité dans ses résolutions, dans ses sentimens, surtout à raison de tous ses antécédens presque toujours marqués au coin de la violence. Doué de fortes passions, habitué à l’exercice d’un pouvoir absolu qui n’avait de limites que sa propre volonté, il était constamment redoutable, parce que chacun voyait suspendue sur sa tête cette menaçante épée de Damoclès, qui inspire la terreur en même temps que le désir de s’en affranchir[1].

Telles furent les réflexions que fît Pétion à Borgella, à son retour, en l’initiant au projet concerté entre lui, Geffrard et H. Christophe, et sur l’initiative prise par ce dernier lors de la mission secrète remplie par Bruno Blanchet. Pétion ne lui laissa pas ignorer non plus le danger que lui et Geffrard avaient couru récemment à Marchand : il le chargea d’aller aux Cayes auprès de ce dernier, pour lui recommander de se tenir prêt, parce qu’il était certain que Dessalines ne tarderait pas à se rendre dans le Sud et qu’il avait reçu de Christophe de nouveaux avis secrets.

En revoyant Lamarre au Petit-Goave, Borgella s’entretint avec lui de la triste situation où l’empereur avait conduit le pays : ce qui faisait présumer que cet état de choses ne pouvait durer, vu le mécontentement général ; qu’alors il faudrait prendre les armes pour changer le gouvernement. Mais il ne dit pas à Lamarre quel avait été son entretien avec Pétion. Ce colonel lui répondit qu’il

  1. Par sa violence, Dessalines inspirait autant de crainte que Toussaint Louverture, par son caractère fourbe et hypocrite : il y avait aussi peu de sécurité avec l’un qu’avec l’autre. La confiance dans un chef ne peut résulter que de sa modération et de la fixité de ses principes de justice.