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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/248

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Laborie, désolé de cette réception et de cette disposition militaire, se transporta ensuite chez le général en chef Christophe, qui fit un meilleur accueil à l’instituteur et ses élèves et lui dit que Dessalines était un barbare, incapable de civiliser et de régénérer une nation.

Mais, dans la même journée, Christophe s’étant présenté aussi au palais, un aide de camp de l’empereur se permit de lui faire des observations, à propos du soin qu’il mettait à bien armer le fort de Laferrière, comme s’il voulait en faire un boulevard contre l’autorité impériale. Cette impertinence porta le général en chef à frapper cet officier de sa canne. L’empereur survenant, « voulut, à son tour, battre le général Christophe de son jonc. Ses officiers qui l’entouraient calmèrent sa fureur. » Il semble donc que Christophe considérait le bâton comme un excellent instrument de civilisation et de régénération.

« La rivalité, dit M. Madiou, qui existait entre les deux castes noire et jaune formant la nation haïtienne, se témoignait par une foule de petits faits, malgré les efforts qu’avait déployés Dessalines pour l’anéantir : l’empereur avait parfaitement compris qu’en entretenant les animosités de castes, il ruinerait la nationalité haïtienne, etc. »

La constitution impériale n’établissait aucune distinction de couleur entre les Haïtiens ; elle voulait qu’ils fussent tous connus sous la dénomination générique de noirs ; l’empereur ne voulait pas créer une noblesse en Haïti. Comment donc la nationalité haïtienne pouvait-elle être composée de deux castes, l’une noire, l’autre jaune[1] ? Le mot caste nous semble encore mal employé

  1. Dans la proclamation du 28 avril 1804, Dessalines disait : « J’ai vu deux classes d’hommes, etc., Noirs et jaunes, etc. » La constitution vint ensuite