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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/246

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obtenir le payement de ce qui lui était dû, et en café comme on en était convenu avec lui. « Si j’avais moi-même, dit-il, les moyens de payer cette dette, j’aurais eu, je vous le jure, la plus grande satisfaction à le faire… Néanmoins, je vous offre, Monsieur, ce qu’il est en mon pouvoir de faire, pour vous dédommager un peu, et je vous prie instamment de ne pas refuser : c’est d’accepter la récolte de café qui me revient d’une habitation que j’ai dans l’arrondissement de Jacmel. Vous pourrez donc envoyer un bâtiment dans cet endroit, recevoir cette denrée que j’ai déjà ordonné de tenir à votre disposition. L’attachement que je porte à mon pays est le motif qui me détermine à vous faire cette offre, et la haute estime, Monsieur, que j’ai pour vous y a beaucoup contribué. »

Que de nobles sentimens apparaissent dans cette lettre ! Attachement à sa patrie que Pétion veut honorer par la fidélité aux engagemens qu’il a contractés en son nom, d’après l’ordre du chef de l’État et pour des objets de guerre dont on avait eu le plus grand besoin ; — estime personnelle pour un étranger venu de lui-même les offrir à Haïti, en guerre permanente avec la France ; un étranger qui, comme lui, avait combattu pour assurer l’indépendance de son propre pays ; — justice envers un créancier dont on frustrait les droits légitimes ; — enfin, désintéressement d’un patriotisme élevé, antique : tout est réuni dans cette lettre[1].

Dans la dignité qu’elle exprime, ne voit-on pas déjà l’homme prédestiné par la Providence, pour être le Fonda-

  1. En 1807, devenu Président d’Haïti, Pétion fit rendre justice à J. Lewis. Boyer, qui avait écrit sa lettre, satisfit ensuite aux dernières réclamations de cet étranger.