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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/237

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Dessalines pouvait encore se dire que, dans la supposition même que le gouvernement français eût compté assez sur les anciens sentimens de Rigaud envers la France, pour concevoir l’idée de le renvoyer en Haïti, ces deux généraux n’auraient pas été assez aveugles pour l’aider dans l’œuvre qu’il eût voulu entreprendre, afin de restaurer l’autorité de cette puissance, après avoir combattu l’armée française, et avoir signé l’acle de la souveraineté et de l’indépendance du pays. Dessalines était assez éclairé pour se faire ce raisonnement, en jugeant de Pétion et de Geffrard par lui-même.

Et qu’avait donc fait Geffrard, en arrêtant Ducoudray aux Cayes, en le lui envoyant et le dénonçant comme espion français ? N’était-ce pas dire à l’empereur, qu’il était inaccessible à une telle corruption, qu’il était incapable de trahison ? Eh quoi ! un Pétion, un Geffrard, eussent voulu replacer Haïti sous l’autorité d’une métropole qui s’était montrée si ingrate, si perfide envers les défenseurs du sol de Saint-Domingue contre les Anglais ! Ces deux généraux qui avaient si glorieusement conquis leur position dans le pays, eussent pu même concevoir la pensée de se replacer sous l’autorité de Rigaud, de cet homme dont la mission politique était achevée en juillet 1800, dont le rôle militaire dans la guerre civile avait offert à leurs yeux tant de fautes !…

C’est une opinion généralement accréditée dans l’esprit des hommes du Sud, à cette époque dont nous retraçons les faits, que Boisrond Tonnerre s’était uni à Mentor pour induire Dessalines dans ces erreurs, dans ses préventions contre Geffrard et Pétion. Le mot que nous venons de rapporter de lui, à l’égard de ce dernier, indique une certaine malveillance : attribuer à Pétion le