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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/235

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contribué par leur courage, leur désintéressement et leur dévouement envers ce même chef.

Après avoir dansé comme à son ordinaire, vers minuit l’empereur se retira dans sa chambre, sans affectation : il y fît appeler successivement et secrètement les généraux H. Christophe et Romain, et le colonel Pierre Toussaint, commandant de l’arrondissement de Saint-Marc. La grande affluence d’officiers et de fonctionnaires qu’il y avait au palais ne permit à qui que ce soit de remarquer l’absence momentanée du bal, de l’empereur et de ces officiers supérieurs.

Là, Dessalines leur déclara qu’il était positivement informé que Geffrard et Pétion préparaient le retour de Rigaud dans le pays, afin de le reconnaître pour chef de l’Etat ; que ce projet était concerté avec le gouvernement français, le dévouement de Rigaud à la France n’ayant jamais varié. Et en preuve de ce qu’il appelait ses informations positives, il leur rappela la mission de Ducoudray, celle de Mentor qui lui avait avoué ce plan. Il leur fit remarquer l’arrivée successive dans le pays de tous les anciens officiers de Rigaud, celle de Poutu, son aide de camp et secrétaire, qui avait tenté de recueillir de l’argent pour faire passer ces fonds à Rigaud et faciliter mieux son retour. Il était inoui, selon lui, que tous ces officiers qui avaient été déportés en France, comme Rigaud, eussent pu trouver le moyen d’en sortir, si cela n’entrait pas dans les vues de l’empereur Napoléon[1]. Il

  1. Il se peut, en effet, que dans le plan conçu, la police aura fermé les yeux pour faciliter leur évasion ; mais, eux qui avaient hâte de se rendre en Haïti et qui auront profité de cette tolérance, ils ne s’y rendaient pas pour servir la cause de la France ; ils y allaient dans la même intention que Martial Besse et Delpech, pour servir leur pays.