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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/225

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Comme l’empereur, toutes les autorités donnaient des bals fréquens ; il avait communiqué à tous les citoyens sa passion pour la danse, car on se plaît toujours à imiter le chef de l’Etat. C’était une époque de plaisirs, d’amusemens de toutes sortes ; on jouissait de la vie comme si l’on devait la dépenser follement, en vue d’un présent qui offrait, peu de garanties aux personnes, ou d’un avenir qui pouvait être troublé d’un instant à l’autre, par une nouvelle lutte avec la France en cas de paix générale en Europe. La jeune nation haïtienne était pour ainsi dire campée sur son territoire. On ne voyait pas restaurer les maisons des villes et bourgs qui tombaient en ruines, encore moins en bâtir de nouvelles, puisque villes et bourgs devaient disparaître au premier coup de canon d’alarme, afin que la nation fût debout comme un seul homme. Les chefs, les fonctionnaires publics, les particuliers, propriétaires ou fermiers de biens domaniaux, ne relevaient les usines dans les campagnes que juste au point de pouvoir fabriquer les denrées selon le genre de culture qu’on faisait ; et cet état de choses dura encore plusieurs années, par les mêmes causes. Une autre cause contribuait à cette négligence envers les propriétés : c’est que les meilleures, appartenant au domaine, n’étaient entre les mains des fermiers qu’à titre éventuel ; ils n’avaient point un intérêt de famille à les conserver. Un général, un colonel, un fonctionnaire public mourant, sa ferme passait à un autre individu.

On aura une idée du despotisme du colonel Germain Frère, dans ce que nous allons raconter.

Dans un bal donné chez Pétion, qui était, pour ainsi dire, le rendez-vous de tous les jeunes hommes habitant le Port-au-Prince à cette époque, le chef de bataillon d’ar-