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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/22

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dra ! Toutes les nations ont subi l’impulsion de ce grand mouvement politique et social, en réformant plus ou moins les abus de leurs gouvernemens, en pondérant mieux leurs institutions.

Est-il donc étonnant que les colonies françaises aient subi elles-mêmes la pression des idées et des principes proclamés du haut de la tribune nationale ? Est-ce qu’elles n’étaient pas partie intégrante de la France, et comme telle, soumises à toutes les modifications, à toutes les évolutions que le temps amenait dans sa constitution ?

Mais, dans ces établissemens éloignés, les populations n’offraient pas la même homogénéité que celles de la métropole. Si les classes inférieures de celle-ci parurent dignes de participer aux bienfaits de sa révolution, les classes inférieures des colonies furent d’abord jugées incapables d’y aspirer, non parce qu’elles étaient plongées dans une profonde ignorance, mais parce qu’elles appartenaient à la race infortunée à laquelle on déniait la qualité d’hommes, et qu’elles étaient courbées depuis trois siècles sous le joug que la cupidité des maîtres européens rendait plus lourd chaque jour.

Cependant, à Saint-Domingue, la plus florissante des colonies françaises, les passions de ces maîtres les avaient bientôt divisés en partis distincts. Tandis que l’un de ces partis essayait de s’approprier exclusivement le résultat politique de la révolution, afin de proclamer l’indépendance de cette colonie, — l’autre, secondé par le gouvernement local, imaginait d’armer les esclaves, dans la coupable pensée de s’en faire d’aveugles auxiliaires contre ses adversaires et même contre la révolution, avec l’espoir de réagir ainsi sur ce mouvement national jusque dans la métropole, à laquelle il voulait néanmoins con-