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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/211

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avoir été révoqué par Pétion, de sa charge de secrétaire d’Etat de la République d’Haïti.

Afin de cacher cette mission secrète, Christophe fît partir Blanchet aîné sur une goẽlette qui servait à son commerce et que commandait Bastien Jean-Baptiste[1] ; on y mit de la farine et d’autres marchandises du commerce que faisait Blanchet au Cap. Le but apparent de cette expédition était d’aller dans tous les ports pour les vendre et acheter du sucre et autres denrées en retour. La goẽlette passa aux Gonaïves où les deux frères Blanchet se virent et s’entendirent ; elle se rendit à Jérémie où Blanchet aîné transmit à Férou l’expression de la haute estime du général en chef, le prônant d’ailleurs à ses amis. De là, la goẽlette fut aux Cayes où le négociateur intelligent, rancuneux, fit des ouvertures plus positives à Geffrard.

Mais Geffrard n’était que mécontent de l’accueil que l’empereur faisait aux dénonciations du général Moreau, des soupçons injustes conçus à son égard par rapport à Rigaud ; il ne voyait pas dans ces faits des motifs suffisans pour concevoir le projet de conspirer contre le pouvoir impérial. Il était trop éclairé pour ne pas faire la part de l’ignorance de Dessalines, trop dévoué à son pays pour vouloir, alors, le renversement du chef autour duquel il s’était franchement rallié et avait rallié l’ancien parti de Rigaud dans le Sud, afin de parvenir à l’indépendance du pays. Il n’accueillit donc pas les insinuations de Blanchet aîné ; mais, en lui témoignant son estime pour Christophe, il lui promit de garder un secret absolu à ce sujet.

  1. Homme de couleur qui devint contre-amiral dans la flotte de Christophe, quand il fut Roi.