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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/173

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— Le 28 mai, une loi fut promulguée sur les Enfans nés hors mariage.

La très-grande majorité des Haïtiens étant dans ce cas à cette époque, cette loi contenait des dispositions en rapport avec cet état de choses ; mais el le en avait aussi qui tendaient à le perpétuer, parce qu’elles dérivaient de l’article 14 des dispositions générales de la constitution, lequel déclarait le mariage purement autorisé par le gouvernement. Ce gouvernement, quoique son chef fût marié depuis plusieurs années, ne visait point à réformer les anciennes mœurs coloniales, à encourager le mariage pour constituer la famille sur les bases morales de la loi civile et de la loi religieuse. La rais on en est, que Dessalines personnellement avait des maîtresses, des concubines dans presque toutes les villes, qu’il entretenait publiquement et scandaleusement aux dépens de la caisse de l’Etat ; que ses secrétaires-législateurs imitaient l’empereur sous ce rapport ; enfin, que les grands de l’empire, que presque tous les fonctionnaires publics, faisaient à peu près la même chose. L’empereur, législateur suprême, ne pouvait donc pas être sévère à leur égard, lorsqu’il leur traçait ce fâcheux exemple de mœurs relâchées ; et il faut dire qu’il ne fut pas le seul chef d’Haïti qui ait agi ainsi ; d’autres après lui ont, sinon imité sa conduite, du moins peu encouragé le mariage.

Il est malheureux pour le pays qu’aucun d’eux ne se soit pénétré de ce que disaient les commissaires civils, Polvérel surtout dont on reconnaît le style, dans leur proclamation du 11 juillet 1795, en donnant la liberté aux femmes et aux enfans des noirs qu’ils avaient déjà émancipés :

« L’esprit de famille est le premier lien des sociétés politi-