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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/170

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« et coutumes de ce pays. — Les comptoirs, les marchandises des étrangers, seront sous la sauvegarde et la gàrantie de l’État. »

Toutes ces dispositions reposaient sur la raison, sur une saine politique. Heureux toutefois les cultivateurs des campagnes, s’ils n’avaient pas à se plaindre des mesures coercitives employées à leur égard ! Quant au commerce, il fut malheureusement entravé par des mesures aussi mal-entendues qu’à l’égard de l’agriculture.

« Il y aura des fêtes nationales pour célébrer l’Indépendance, la fête de l’Empereur et de son auguste épouse, celle de l’Agriculture et de la Constitution. »

Enfin, cette constitution se terminait par cette disposition d’une mâle résolution :

« Au premier coup de canon d’alarme, les villes disparaissent, et la Nation est debout. »

On était alors sous l’influence des idées qui faisaient croire à une prochaine paix en Europe, laquelle ramènerait sur les plages d’Haïti les cohortes françaises : elles ne devaient trouver à leur arrivée que des cendres, du fer et des soldats, d’après la proclamation du 12 avril.

Quoiqu’on aient dit les détracteurs d’Haïti, un jeune peuple qui, à sa naissance, et se rappelant l’expérience faite dans de récents événemens, prenait une telle résolution pour défendre sa liberté et son indépendance, ne méritait point le mépris qu’ils en affectaient. Des nations, vieilles déjà dans le monde politique, ont usé avec avantage de pareils moyens contre des ennemis envahisseurs, et cependant elles disposaient d’immenses ressources en population et de toutes les manières ! On les a traitées de barbares, il est vrai ; mais cette barbarie a sauvegardé leur indépendance.