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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/132

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Si le général Christophe, moins ancien que Clervaux présent en ce moment, se vit préféré et en quelque sorte désigné comme le successeur de l’empereur, on peut croire que, non-seulement il cherchait, par cette innovation insolite, à capter toute la bienveillance du souverain, mais qu’il avait l’intention de prêcher pour sa paroisse future. Christophe n’avait pu ignorer les insinuations faites par les Anglais à Toussaint Louverture, relativement au titre de Roi. Imbu des idées et des principes aristocratiques du Nord depuis qu’il était venu s’y fixer, après la campagne de Savannah ; d’un caractère orgueilleux qui le portait toujours à une grande magnificence ; ayant toute la hauteur et tout le ton de bonne compagnie nécessaires à un tel rôle ; d’un esprit éclairé quoique peu cultivé ; en voyant Dessalines prendre le titre d’Empereur et aspirant à lui succéder, il était naturel qu’il traçât dans cette circonstance, l’exemple de la soumission servile qu’il eût voulu pour lui-même et qu’il sut bien imposer par la suite. C’était d’ailleurs une manière de gagner l’affection et la confiance de celui qui avait déclaré solennellement que, dans le choix de son successeur, il n’aurait pas égard à l’ancienneté. Or, le désigner ce jour-là, à l’exclusion de Clervaux, pour lui rendre les honneurs militaires, c’était de la part de Dessalines, un commencement d’exécution de cette déclaration qui, d’un autre côté, avait fâché Christophe.

Le lendemain de la cérémonie, l’empereur fit visiter à ses nombreux invités à cette fête nationale, les travaux divers qui s’exécutaient sous ses yeux, et les fortifications détachées qui devaient défendre la ville impériale de Dessalines. L’établissement d’une manufacture à poudre commençait déjà. Mais, ce qui devait réussir plus