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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/93

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manité de Toussaint Louverture, fut atrocement interprêtée par le général Rigaud ; il prétendit que le général en chef était l’ennemi de tous les hommes de couleur, et ne négligea aucune des ressources de son éloquence, pour renouveler les anciennes disputes cutanées. »

Tel fut le langage de l’agent du Directoire exécutif sur l’anathème lancé par T. Louverture contre les hommes de couleur, à l’église du Port-au-Prince ! Il ne mentionna pas les arrestations opérées sous ses yeux, le massacre commis dans les montagnes de Jacmel ; mais bientôt après ce paragraphe, il accusa Rigaud « de n’avoir pas fait juger les auteurs de la mort de trente noirs et d’un blanc, étouffés dans un cachot à Jérémie, par la plus atroce barbarie[1]. »

Dans ce paragraphe que nous venons de citer, Roume confirme l’assertion de Kerverseau, sur la sortie virulente du général en chef contre les hommes de couleur, peu de jours après le départ de Rigaud, au moment où il remettait à Laplume le Grand-Goave et le Petit-Goave. Nous relevons de nouveau cette observation, parce qu’elle nous semble importante pour l’ordre chronologique des faits, pour prouver que les premières provocations partirent de T. Louverture, en ce qu’il généralisa ses accusations.

Dans un autre, Roume accuse Rigaud de n’avoir pas fait incarcérer un blanc nommé Duranton, d’après les ordres qu’il lui avait donnés à ce sujet ; et nous avons sous nos yeux une lettre de ce même Roume, datée du Cap, le 1er germinal, où il exprime sa satisfaction à Rigaud, de l’exécution de cet ordre !

« Depuis son départ du Port-Républicain, le général

  1. En supposant que ces hommes furent étouffés dans la prison de Jérémie, c’eût été le fait des officiers de cette ville, et non pas celui de toute la classe des hommes de couleur.