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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/75

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Mais, T. Louverture, égaré, passionné, voulant satisfaire son excessif orgueil, son ambition démesurée, pour dominer seul à Saint-Domingue, se jeta en aveugle dans cette cruelle lutte, en assouvissant ses vengeances. Vainqueur de Rigaud, enivré des louanges et des flatteries des colons et des émigrés, il ne mit plus de borne à son régime despotique qui lui désaffectionna les populations asservies par la terreur. La France, connaissant cet état de choses, effectuant alors son système de réaction, projeté depuis longtemps contre la liberté de la race noire tout entière, tenta le rétablissement de l’ancien régime dans la colonie. T. Louverture alla finir de tristes jours dans un cachot, par la plus insigne perfidie, par la plus horrible ingratitude envers lui. La France vit naître alors une haine implacable contre elle ; et l’un des lieutenans de T. Louverture, uni de cœur avec l’un de ceux de Rigaud, proclama l’indépendance absolue de la colonie, en proscrivant de son sol tous les hommes de la race blanche.

Voilà quel fut le résultat final de la guerre civile du Sud !


Convaincu de son devoir comme homme politique, blessé dans son honneur comme militaire, Rigaud ne put donc qu’accepter la guerre.

Cela ne détruit pas les assertions que nous avons posées dans notre introduction, sur les causes préexistantes de divisions intestines entre les provinces de Saint-Domingue, qui prédisposaient les populations à une guerre civile.

Il est clair que depuis le gouvernement de Laveaux, les anciens libres du Sud surtout avaient à se plaindre du mal qui leur venait du Nord ; que depuis l’agence présidée par Sonthonax, toute la population du Sud souffrit des injus-