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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/64

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et il fît servir son ascendant pour chasser Sonthonax, l’auteur de son élévation. Hédouville vint remplacer ce dernier ; et à cause des faveurs que T. Louverture accordait aux émigrés, contrairement aux lois de la France, à cause surtout de celles qu’il paraissait vouloir accorder aux Anglais, à l’aide de ces émigrés, la mésintelligence éclata entre l’agent et lui. Hédouville fut chassé à son tour ; mais, en partant, il autorisa Rigaud à la désobéissance envers le général en chef auquel, jusque-là, il était soumis. Roume remplaça Hédouville, continua la politique du gouvernement français et s’entendit avec T. Louverture pour arriver à ses fins. Ce dernier qui avait méprisé l’autorité de la métropole par des attentats contre ses agens, se vit approuvé cependant par cette autorité elle-même ; et au moment où il recevait cette approbation, il était en conférences secrètes avec les agens des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Quelles étaient ses arrière-pensées, quel était le but qu’il voulait atteindre par une telle conduite qui souleva la fermentation dans tous les esprits les plus éclairés, au dire d’un témoin contemporain, sinon oculaire ?

Là est toute la question pour juger sainement, impartialement, entre T. Louverture et Rigaud.

Et encore, s’il s’était borné à ces actes, puisqu’il semblait agir de concert avec Roume, agent de la France, on pourrait dire qu’il prenait des résolutions dans la plénitude de son pouvoir, et qu’il n’était soumis à aucun autre contrôle dans la colonie. Mais, oubliant en ce moment tout respect pour Rigaud, son camarade d’armes, son frère, son aîné dans la cause de la liberté, il saisit cette occasion de ses arrangemens secrets, pour lui adresser directement une lettre offensante, pleine d’injures grossières, dignes