Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/59

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


scélérat ne peut réunir autant de crimes qu’on ne m’en prête : ma conscience n’a rien à se reprocher… Je n’ai jamais passé pour un assassin je ne puis être un voleur. L’injure qu’on me fait de me croire ambitieux du commandement est dépourvue de vraisemblance, puisque je sollicite ma retraite depuis longtemps. Je ne passe pas dans l’esprit de mes ennemis mêmes pour un fourbe, un traître, un suborneur, un ennemi de la liberté, un tyran des noirs[1]… J’ai embrassé trop sincèrement, et peut-être trop chaudement la liberté des noirs ; on m’accuse du contraire de ce qui m’est imputé, c’est de trop les protéger… Je vous préviens, citoyen agent, que je ne répondrai pas à la lettre insultante du général en chef. Je ne puis donc désormais correspondre avec un chef qui croit m’avoir déshonoré. J’ai des chefs, mais je n’ai point de maître ; et jamais maître irrité et mal embouché n’a traité son esclave de la manière atroce que je l’ai été : il faut que tout mon sang coule…

Le général Toussaint fait marcher des troupes ; il menace par les armes le département du Sud. Les citoyens qui l’habitent se laisseront égorger, ou ils se défendront ; il faut bien subir le sort qui nous est destiné, puisque l’agent du Directoire, le représentant de la France à Saint-Domingue ne peut rien pour nous.

Mon crime est d’aimer la République, de vouloir lui rester fidèle, de faire exécuter les lois contre les émigrés, de maintenir l’ordre et le travail, et de ne point baisser la tête devant l’idole ! Je périrai, si je dois périr ; mais, citoyen agent, si vous me rendez la justice que je mérite, comme je l’espère, vous assurerez au corps législatif, au Directoire exécutif et à toute la France, que jamais républicain au monde n’a été plus attaché à sa patrie que moi.


L’épée va donc être tirée du fourreau entre des frères, entre les enfans d’une même race !…

C’est le moment d’examiner la conduite respective de T. Louverture et de Rigaud. Quant à Roume, il est déjà

  1. T. Louverture avait la tête meublée d’expressions injurieuses. Voyez ce qu’il a dit de Sonthonax à Laveaux, dans une de ses lettres ; voyez encore quelles épithètes il appliqua à Raffin, à propos de l’affaire du Fort-Liberté.