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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/51

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homme prévoyant. Or, le commerce français, à cause de la guerre avec la Grande-Bretagne, était dans l’impuissance d’apporter les produits de la métropole dans la colonie : fallait-il donc laisser sa population en proie aux privations de toute espèce ? N’était-il pas plus convenable, plus juste et urgent, de se procurer les comestibles que les États-Unis pouvaient fournir, en faisant cesser la course des corsaires qui empêchaient ces comestibles d’arriver dans l’île ? Il est des nécessités pour un peuple, qu’il doit subir sous peine de périr de faim.

Tel fut le but de la convention arrêtée entre Stevens, T. Louverture et Roume, convention sanctionnée par un acte de l’agent, en date du 6 floréal (25 avril). Le même jour, Roume écrivit une lettre à Kerverseau pour lui expliquer ses motifs ; il lui dit que : « S’il vit d’un côté que cette convention favorisait les Anglais, associés des Américains, de l’autre il sentait qu’il ne fallait pas réduire les habitans de Saint-Domingue dans l’alternative de périr de faim ou de commettre un acte d’indépendance, en traitant eux-mêmes avec un gouvernement étranger. » C’est-à-dire, qu’il ne voulait pas laisser le général en chef traiter lui seul. En cela, il avait raison[1]

Dans sa lettre du 27 avril à Rigaud, citée au précédent chapitre, il lui donna également connaissance de son arrêté du 25 :

« La misère, dit-il, causée par l’interruption de tout secours était au comble ; le département du Nord était sans pain et sans autres approvisionnemens ; le café ne trouvait plus d’acquéreurs, même à 17 sous la livre, ni le

  1. Suivant le Moniteur du 26 vendémiaire an 8 (18 octobre), le Directoire exécutif approuva cet arrêté du 6 floréal.