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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/489

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enfans, l’avertissent en vain, qu’il prend une fausse route. Ces infortunés subissent le châtiment le plus terrible.

Pour ôter à l’avenir toute pareille idée aux masses qu’il a déjà contraintes à un travail qui ne profite qu’aux colons et aux chefs militaires ; en même temps, pour compléter son système agricole, basé sur celui de l’ancien régime que le souffle de la révolution avait emporté, T. Louverture proclame de nouveaux règlemens sur la culture du sol. Afin d’en assurer l’exécution par son aristocratie militaire, il assimile ce nouveau régime à celui qui tient l’armée dans la subordination : même discipline, mêmes pénalités, mêmes rigueurs sont prescrites contre l’ouvrier des champs devenu en quelque sorte soldat de la terre. Des conseils de guerre jugent la plupart des délits.

Un système financier, conséquence nécessaire de celui-là, est imaginé. Toutes les parties de l’administration publique sont organisées dans le même but, sans même excepter l’ordre judiciaire ; car la plus grande partie de ses attributions sont dévolues au jugement des conseils de guerre.

C’est le despotisme, c’est la tyrannie étendant le niveau de l’égalité, dans la cruauté, sur toutes les têtes. Les lois, les ordonnances, les arrêtés ont tout prévu ; mais aucune indépendance n’est laissée, ni aux juges civils, ni aux juges militaires, dans leurs décisions ; car T. Louverture se réserve un jugement en dernier ressort, et des faits monstrueux justifient ses intentions à cet égard.

Afin de commander le respect, la servilité à sa personne, il s’entoure d’un luxe aristocratique, d’une garde d’honneur où entrent des nobles colons en qualité d’officiers : ce sont d’anciens émigrés à la solde de la Grande-