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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/476

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par l’immigration de nouveaux colons européens qu’aurait facilitée la métropole.

Ah ! sans doute, si au lieu de supprimer la liberté dans les possessions françaises, le gouvernement consulaire se fût borné à la réglementer par des dispositions modérées et généreuses, dans les vues d’élever la race noire à la dignité des hommes libres par l’instruction, son puissant patronage n’eût fait que le bonheur de cette race tout entière : dans l’introduction même de colons européens, elle eût trouvé un véhicule à sa civilisation. Une si noble entreprise était-elle au-dessus du génie du Premier Consul et des forces dont il disposait ? Peut-on concevoir où se serait arrêtée la puissance de la France dans les Antilles, appuyée surtout sur une population de 600 mille noirs et mulâtres, à Saint-Domingue, tous aguerris, tous dévoués à cette métropole dont ils avaient défendu les droits, en repoussant les Anglais du sol de leur pays ? En leur envoyant des officiers pour les instruire dans l’art de la guerre, des administrateurs pour les diriger, le Premier Consul, dont la renommée avait excité leur admiration, n’en eût-il pas fait des guerriers redoutables aux possessions de la Grande-Bretagne ? Quelle gloire pure pour la France, qui, la première parmi les puissances possédant des colonies, avait proclamé la liberté des noirs, si son gouvernement eût agi ainsi ? Mais il préféra les millions que procure le travail esclave, à l’influence immense qu’il eût pu exercer sur des hommes libres, et il ne retira que des ruines de son entreprise. Ainsi l’avait sans doute voulu la Providence : bénissons-la !


Quoi qu’il en soit, d’après le plan adopté pour user du droit incontestable qu’avait la France sur Saint-Domingue,