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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/469

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« On suppose que les colons sont pour les Anglais ; mais je puis assurer qu’à la Martinique il y a de très-bons citoyens. Les partisans des Anglais y sont connus ; ils y sont peu nombreux… On ne veut voir que des partisans des Anglais dans nos colonies, pour avoir le prétexte de les opprimer. Eh bien ! M. Trugoet, si vous a étiez venu en Égypte nous prêcher la liberté des Noirs ou des Arabes, nous vous eussions pendu au haut d’un mât. On a livré tous les blancs à la férocité des noirs, et on ne veut pas même que les victimes soient mécontentes : eh bien ! si j’avais été à la Martinique, j’aurais été pour les Anglais, parce qu’avant tout il faut sauver sa vie. Je suis pour les blancs parce que je suis blanc : je n’en ai pas d’autre raison, et celle-là est la bonne. Comment a-t-on pu donner la liberté à des Africains, à des hommes qui n’avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce que c’était que colonie, ce que c’était que la France[1] ? Il est tout simple que ceux qui ont voulu la liberté des noirs, veuillent encore l’esclavage des blancs. Mais encore, croyez-vous que, si la majorité de la convention avait su ce qu’elle faisait et connu les colonies, elle aurait donné la liberté aux noirs ? Non, sans doute ; mais peu de personnes étaient en état d’en prévoiries résultats, et un sentiment d’humanité est toujours puissant sur l’imagination. Mais, à présent, tenir encore à ces principes, il n’y a pas de bonne foi ; il n’y a que de l’amour-propre et de l’hypocrisie… »

  1. Si les noirs de Saint-Domingue et de la Guadeloupe n’avaient pas su ce que c’était que la France, ils n’auraient pas chassé les Anglais de ces deux îles. Au reste, le Premier Consul, à ce qu’il paraît, employait autant d’argumens pour rester vainqueur dans une discussion, que de moyens stratégiques pour gagner une bataille.