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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/44

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nous trouvons cette haute capacité qu’il a développée plus tard, par l’appréciation judicieuse qu’il y fait de toutes les parties du service public, ne renferme pas moins des plaintes, des reproches que nous disons fondés et résultant néanmoins de la jalousie traditionnelle du Sud contre le Nord de la colonie. Et dans une telle disposition des esprits, c’est encore du Nord que vont bientôt sortir les provocations à la guerre civile ! C’est du Nord que Sonthonax avait fulminé contre le Sud !

Dans ses autres lettres, Rigaud faisait savoir à Roume les tracasseries qu’il éprouvait, dans les quartiers de la Grande-Anse et de Tiburon, de la part des colons qui avaient été sous la domination anglaise. Relativement aux déserteurs de l’Ouest, il demanda qu’on lui envoyât des listes de ces hommes, avec désignation de leurs corps, parce que ceux qui arrivaient dans les communes du Sud, présentaient des passeports en règle. Et cependant, dans une dernière lettre de Roume, du 14 mai, il disait à ce sujet :

« J’ai su depuis, que non-seulement les déserteurs de l’Ouest étaient accueillis à Jérémie, mais même aux Cayes. Vous sentez, citoyen général, qu’il est urgent que vous fassiez cesser cet abus dont les suites compromettraient la tranquillité publique. Je saisis avec zèle toutes les occasions de faire valoir votre mérite et vos services auprès du Directoire : je n’ai point voulu lui parler encore de cet abus ; mais je serai malheureusement forcé de lui en faire la dénonciation, si vous ne me faites savoir que vous avez pris des mesures effectives pour le faire cesser et renvoyer ces déserteurs à leurs corps respectifs. »

Roume pouvait-il dire qu’il ignorait que ces déserteurs, ou peut-être de simples citoyens appelés ainsi, étaient des hommes de couleur qui fuyaient leurs pénates, à raison