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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/419

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choses établi par le gouvernement qui l’emploie : ou il doit en parler dans une confidence intime dont il soit sûr, ou il doit se démettre de sa charge, pour ne pas participer à des mesures qu’il juge contraires à l’intérêt public. S’il y reste, et surtout sous un gouvernement organisé comme celui de T. Louverture, la prudence lui devient nécessaire : il doit s’abstenir complètement d’énoncer aucune idée contraire aux vues du gouvernement.

C’est ce que ne comprit pas Moïse, chargé d’un grand commandement, général de division et inspecteur général des cultures dans le Nord : sa qualité de neveu du gouverneur lui donna des illusions ; sa jeunesse, son caractère imprudent, les services qu’il avait rendus à son oncle personnellement : tout servit contre lui ; il crut qu’il pouvait impunément hasarder l’expression de ses idées.

On peut facilement croire que les colons dont il contrariait les intérêts exclusifs, que presque tous les blancs du Nord, recueillaient avec avidité les moindres paroles qu’il proférait, pour les transmettre au gouverneur, leur ami et protecteur, en dénonçant cet officier général comme essentiellement contraire à ses vues. Le 29 août 1800, l’administration municipale du Cap, composée de colons, en faisant au général en chef, vainqueur de Rigaud, une adresse de félicitations, n’avait-elle pas dès-lors « invité les bons citoyens à dénoncer les esprits inquiets qui prêchent une fausse doctrine, et qui, par des discours séditieux, cherchent à troubler l’harmonie qui doit régner entre les citoyens ; en ajoutant — que les méchans ne soient pas ménagés, et que la société en soit purgée ? » Pour eux, Moïse était l’un de ces esprits inquiets ; il troublait l’harmonie existante.

Et croit-on qu’un officier tel que H. Christophe, exécu-