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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/40

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droits de l’Ouest qui se réfugièrent dans le Sud, et notamment à Jérémie, selon Roume.

« Je vous ferais une injure, poursuivit-il, également indigne et de vous et de moi, si je supposais que vous en eussiez même connaissance ; mais, comme je suis toujours convaincu de la nécessité d’entretenir le plus parfait accord entre les chefs de votre département et ceux des deux autres, il est de mon devoir de vous avertir de cet abus, qui, s’il subsistait, pourrait occasionner de nouveaux soupçons et réveiller d’anciennes mésintelligences… »

Et Roume invitait Rigaud de faire rechercher ces déserteurs et de les renvoyer à leurs corps respectifs, pour éviter d’être calomnié. « Portez-vous bien, et soyez bien persuadé que si je vous aimais moins, je ne serais pas si jaloux de tout ce qui peut être utile à votre réputation. »

Cette lettre de Roume suggère diverses réflexions. D’abord, on voit que Pinchinat (pour ne citer que lui) a été élu membre du conseil des Cinq-Cents, et que ce choix a eu l’approbation de l’agent de la France. Pinchinat y était depuis la fin de 1797. Croit-on qu’il aura été admis à siéger dans ce corps ? Ce serait étrangement s’abuser, que d’espérer qu’enfin on y fut devenu juste envers les hommes de couleur du Sud et envers Pinchinat en particulier : il fut encore repoussé ! Il continua à végéter dans la capitale de la mère-patrie, jusqu’au moment où il finit ses tristes jours dans l’infirmerie de la Force, accablé de misère, de chagrins.

Ensuite, on voit par cette lettre, que Roume annonce à Rigaud que le Directoire exécutif, convaincu de la loyauté de T. Louverture, malgré de spécieuses apparences même assez fortes, qui avaient persuadé Hédouville, a rendu toute