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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/386

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en chef pût recevoir de son nouveau titre. Les fonctionnaires publics le félicitèrent en lui donnant l’accolade républicaine, à lui qui était presque un Roi par la pompe dont il s’entourait. Cinq coups de canon tirés de la place d’armes donnèrent le signal aux forts et aux bâtimens en station dans la rade, qui tirèrent chacun une salve de vingt-trois coups [1].

Un citoyen Fouqueau, président du tribunal civil du Cap, prononça aussi un discours où il louait T. Louverture, sauveur et restaurateur de la colonie : c’était un blanc.

On se rendit à l’église, où Corneille Brelle chanta une messe solennelle. Après cette cérémonie religieuse, il y eut un banquet magnifique au palais habité par le gouverneur, l’ancien couvent des Jésuites. La ville du Cap fut illuminée dans la soirée et durant toute la nuit.

Le 11 juillet, un arrêté du gouverneur ordonna l’élargissement de tous les prisonniers, autres que ceux pour vols et assassinats.

La constitution fut imprimée, répandue dans toute la colonie, et publiée partout avec une pompe inusitée.

On peut remarquer, dans le discours prononcé par T. Louverture, le tact qu’il savait mettre en toutes choses, en toutes circonstances. Si l’assemblée centrale, dans le discours de son président, ne s’adressa qu’aux colons et à l’armée, le gouverneur parla à tout le monde, en disant à chacun ce qui était à propos dans une telle occurence.

  1. Histoire d’Haïti, t. 2, p. 103. La salve de la République française était de 22 coups en en faisant tirer un de plus, T Louverture avait un sentiment d’orgueil : il voulait faire comprendre qu’il devenait plus grand que cette République. Peut-être cependant, il voulait rappeler la date de l’insurrection des noirs du Nord qui eut lieu dans la nuit du 22 au 23 août 1791. Une proclamation de lui, en 1796, disait qu’il avait été le chef de cette insurrection.