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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/368

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Ce choix sera secret. — 34. Le gouverneur… nomme à tous les emplois civils et militaires. Il commande la force armée… »

T. Louverture, qui aimait tant à citer des proverbes, était plus que jamais attaché à celui-ci : Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné. Dans ce partage d’attributions législatives et gouvernementales, son lot était certainement plus considérable que celui qu’il faisait à ses complices. C’étaient des hommes qui disposaient d’une chose appartenant à un tiers, sans s’embarrasser de ce que dirait ce dernier. Seulement, les colons avaient encore la ressource de pouvoir dire au légitime propriétaire : Nous n’avons pu faire autrement ; reprenez votre chose, et nous vous aiderons de toutes nos forces. Pour T. Louverture, pauvre noir que l’encens des colons étourdit, il paya seul la folie qu’il commit d’ajouter foi à leurs promesses, de ne pas voir en eux des ennemis naturels, intéressés à le perdre.

Il est constant, cependant, que dans l’esprit de cette constitution, Saint-Domingue continuait de rester une possession française. L’erreur de T. Louverture, entraîné par sa vanité et son orgueil, fut de croire que le gouvernement consulaire lui passerait la fantaisie de gouverner cette colonie, indépendamment de sa volonté. Il avait eu jusque-là tant d’impunités aux violations qu’il avait portées à l’autorité de la France, qu’il dut espérer que celle-ci serait encore approuvée. Son espoir avait quelque chose de fondé ; car, malgré ces actes, depuis sa soumission à Laveaux, il n’avait fait qu’agir dans l’intérêt de la métropole, en protégeant constamment les colons, en faisant tout pour plaire à cette faction haineuse. Sa conduite envers les anciens libres, les massacres organisés