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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/325

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dans cette colonie ? Lorsque cet ancien esclave lui-même avait sagement économisé le fruit de son travail, pour employer ce pécule accumulé à s’acheter des habitations, telles que celles situées à Ennery et aux Cahos, il trouvait qu’il était juste d’interdire à ses frères qui avaient été dans la même condition que lui, la faculté d’employer le fruit de leurs épargnes à s’acquérir aussi de petites portions de terre pour les transmettre à leur postérité ! L’esprit comme le cœur se soulève à la lecture de cet acte de T. Louverture.

Et à qui conférait-il le droit de statuer sur de pareilles demandes ? Aux administrations municipales, aux municipalités, composées presque toutes des blancs colons. Qui étaient notaires publics ? Les blancs colons. Au sommet de cette juridiction administrative était le général en chef, qui va devenir bientôt le gouverneur général de la colonie, statuant en dernier ressort, pour donner ou refuser son approbation ; et comme ce noir, devenu blanc par ses sentimens d’attachement aux autres blancs, par l’effet de son funeste système, pensait qu’il serait imprudent et impolitique de tolérer l’acquisition des terres par des cultivateurs, qu’il fallait empêcher une semblable désorganisation de la grande propriété, on conçoit facilement quel espoir pouvait rester à ces malheureux de devenir propriétaires.

C’est sous les yeux de Moïse, présent à Santo-Domingo, que cet arrêté a été publié. Ne voit-on pas dès-lors comment l’indignation de ce jeune homme, mécontent du système affreux de son oncle, ira sans cesse croissant, pour s’exhaler ensuite par des murmures sortis de son cœur oppressé, pour aboutir à la mort ?

Il est constant, d’après cet arrêté, que les cultivateurs, se voyant traqués de tous côtés pour rentrer sur les habi-