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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/28

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s’attacha à entretenir avec lui une correspondance suivie, pour éviter que Sonthonax ne parvînt à les désunir ? Ne resta-t-il pas uni et soumis au général en chef, jusqu’au départ d’Hédouville ? Mais alors, la conduite de T. Louverture envers les Anglais, les émigrés et les colons, était-elle de nature à entretenir dorénavant entre eux cette bonne intelligence ? Au moment même où Rigaud condescendait aux demandes de Roume, où il faisait sortir ses troupes du Grand-Goave et du Petit-Goave, que fit T. Louverture au Port-au-Prince, en présence de Roume, agent de la métropole ?

Le 21 février, après qu’on eut su le déplorable événement arrivé dans la prison de Jérémie, il ordonna de faire battre la générale, et que tous les citoyens eussent à se rendre à l’église. Il s’y rendit aussi, monta dans la chaire évangélique, présenta quelques papiers d’où il prétendait tirer les preuves d’une vaste conspiration ourdie contre la colonie, par les hommes de couleur (cette expression a toujours désigné tous les anciens libres, noirs et jaunes), c’est-à-dire, une conspiration contre lui personnellement, contre les colons, les émigrés qu’il accueillait, contre la masse des noirs émancipés depuis 1793. Selon lui, cette conspiration tendait à replacer ces derniers dans l’esclavage. Une telle imputation n’était faite que pour soulever les passions, les haines de la multitude contre ceux qu’il désignait. Dans ce dessein perfide, il rappela la malheureuse affaire de la déportation des suisses, pour prouver la haine des hommes de couleur pour les noirs, en feignant ainsi, le coupable ! d’ignorer que parmi ces infortunés se trouvaient des mulâtres esclaves. Il ajouta à ces déclamations criminelles, les injures les plus odieuses, les menaces les plus terribles contre la classe en-