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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/279

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Dieu pour avoir tué son frère, et que leur couleur noire était le signe visible de sa réprobation : d’où ils concluaient que leur esclavage était autorisé par la Divinité, pour les punir de la faute, du crime commis par Caïn sur Abel. En 1800, ils disaient des mulâtres, leurs enfans, ce qu’ils disaient anciennement des noirs. T. Louverture ne les autorisait-il pas à tenir ce nouveau langage ?…

Patience ! c’est à une lieue de l’endroit où fut dressé cet arc-de-triomphe, que l’un de ces Caïns, en fuite alors avec Rigaud, donnera le signal nécessaire à l’affranchissement de Saint-Domingue, de toute la faction coloniale. Dieu qui voit et entend tout, sait aussi réserver sa justice pour le moment opportun. Les coupables ! ils ne savaient donc pas tout ce qu’une âme fière peut puiser de patriotisme, d’énergie et de résolution, dans l’adversité de l’exil !…

Enfin, T. Louverture fît son entrée triomphale au Cap, le 25 novembre. Des vers lui furent récités par une femme blanche d’une rare beauté ; elle lui posa une couronne de lauriers sur la tête et le compara à Bonaparte. T. Louverture l’embrassa, et c’était juste : le compliment méritait cette faveur du général en chef, qui alla occuper la maison du gouvernement, l’ancien couvent des Jésuites : ce lieu convenait bien à son logement où il était entouré de sa belle garde d’honneur.

De-là, il se rendit à la Mairie, au sein de l’administration municipale, toujours si obséquieuse. À cet hôtel de ville, il reçut les complimens de tous les hauts fonctionnaires : dans leurs discours, ils le comparaient, — l’un, à Bacchus, — l’autre, à Hercule, — un troisième, à Alexandre le-Grand, — un quatrième, à Bonaparte, devenu plus grand que le Macédonien[1].

  1. Nous empruntons le fond de ce récit à M. Madiou, t. 2, p. 75 et 76.