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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/260

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d’avoir fait cesser ce supplice douloureux, imposé par le despotisme militaire aux soldats de notre armée, aux cultivateurs, aux cultivatrices de notre pays et à bien des habitans, hommes et femmes, des villes et des bourgs ! À l’époque où il disparaissait dans l’Ouest et dans le Sud, il existait et continuait dans le Nord, sous Henri Christophe.

T. Louverture, en sévissant avec cruauté contre les hommes de couleur, avait agi dans l’intérêt de la faction coloniale : en rendant son règlement de culture qui atteignait les noirs, c’était encore agir dans cet intérêt principalement, puisque ces hommes étaient pourchassés des villes et des bourgs, contraints à rentrer sur les habitations de leurs anciens maîtres et d’y travailler, sous l’inspection des chefs militaires. Moïse avait le commandement en chef du département du Nord. Dessalines commandait les départemens de l’Ouest et du Sud. Celui de l’Artibonite n’était pas encore formé. Mais Moïse mettait moins de rigueur que Dessalines dans toutes ces mesures.

    ler grandes, si le théâtre avait été différent, et si elles avaient été moins éphémères…

    « Les colons avaient été bien accueillis et avaient reçu leurs habitations couvertes de nègres, soi-disant libres … Souvent même Dessalines et Christophe les faisaient pendre sous leurs yeux. Aussi le travail avait-il recommencé avec une incroyable activité, sous ces nouveaux chefs qui exploitaient à leur profit la soumission des noirs prétendus libres.

    « Et nous sommes loin de mépriser un tel spectacle ! Car ces chefs sachant imposer le travail à leurs semblables, même pour leur avantage exclusif, ces nègres sachant le subir, sans grand bénéfice pour eux, dédommagés uniquement par l’idée qu’ils étaient libres, nous inspirent plus d’estime que le spectacle d’une paresse ignoble et barbare, donné par les nègres livrés à eux-mêmes, dans les colonies récemment affranchies. » Tome 4e, édition de 1845.

    Nous respectons profondément l’autorité de cet homme d’Etat ; mais nous disons : autre chose est d’écrire un livre à loisir dans son cabinet orné de tout le luxe de la civilisation, et autre chose est pour des noirs de subir, malgré eux, la pendaison et la fustigation par des verges épineuses. À moins d’être imbu des préjugés coloniaux, si M. Thiers avait assisté à l’un de ces supplices, il eût pensé autrement.