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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/223

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le gouvernement de la métropole adoptant leurs vues, rétablit entre ces défenseurs dévoués les distinctions éteintes des classes qui existaient dans l’ancien régime ; il se plaça entièrement sous l’influence de la faction coloniale dont les menées provoquaient une réaction contre tous les droits proclamés solennellement en faveur de ses adversaires naturels. Ses agens reçurent l’ordre de réagir d’abord contre la portion la plus éclairée de la race noire, celle qui, la première, avait été l’objet de la justice de la France. Le but du gouvernement étant de parvenir à la compression des masses, sinon à les rétablir dans leur ancienne condition, il ne vit d’autre moyen d’obtenir ce résultat odieux, que de les opposer à cette portion intelligente où se trouvaient leurs patrons légitimes.

Cette politique, aussi machiavélique qu’insensée, réussit complètement ; car, dans ces vues coupables, T. Louverture fut appelé successivement aux plus hauts grades militaires. Il devint la cheville ouvrière de leur exécution. Et bien qu’il portât de rudes atteintes au pouvoir de la métropole, par l’expulsion de plusieurs de ses agens ; bien qu’il parût s’allier à la puissance ennemie la plus redoutable pour la France, la protection spéciale qu’il accordait aux colons le recommanda aux attentions, aux égards de son gouvernement, parce que celui-ci reconnut dans son caractère, dans ses procédés, dans toutes ses tendances, l’instrument nécessaire à la réalisation de ses desseins contre les masses de la race noire, et qu’il espéra parvenir à le briser quand il ne serait plus utile.

T. Louverture devient donc, dans cette quatrième époque, le favori du gouvernement français. Son ambition se complaît dans le rôle qu’on lui fait jouer. On l’oppose à André Rigaud, chef politique et militaire de la portion