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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/217

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il lui en avait encore prouvé après qu’il fut devenu général en chef ; il lui obéit en cette qualité, dès le départ forcé de Sonthonax et dans les dernières opérations militaires pour l’expulsion des Anglais. On ne peut donc pas l’accuser d’avoir refusé l’obéissance à T. Louverture, pour les futiles motifs que nous réfutons.

Rigaud, loin de haïr les noirs, les aimait au contraire : pouvait-il haïr sa mère africaine et son frère Joseph, noir comme elle ? N’était-il pas aimé lui-même des noirs ? C’est un fait incontestable. Mais, son refus d’obéissance au général en chef provenait de l’alliance de celui-ci avec les colons et les émigrés, pour faciliter celle avec les Anglais : c’était une chose visible à tous les yeux ; et si des noirs nouveaux libres, si Moïse et Paul Louverture partagèrent les craintes conçues à ce sujet par Rigaud et tous les anciens libres, noirs et jaunes, n’allons donc pas chercher d’autres motifs à sa désobéissance.

Rigaud « n’excita pas sur tous les points de la colonie les passions des hommes de couleur, pour les abandonner aux vengeances de T. Louverture. » Accordons donc à tous ces hommes éclairés, un jugement égal à celui de Moïse et de Paul Louverture ; ces derniers n’étaient pas passionnés à l’égard de leur oncle et frère : ils ont vu au contraire le précipice où il devait tomber.

« Sa chute entraîna celle d’une foule de familles que ses fautes avaient compromises ; égoïste, colère, jaloux de toute influence, il fut, dès l’origine de la révolution, l’ennemi secret de Bauvais dont la gloire toujours pure le tourmentait. Sur la terre d’exil, il refusa le pain quotidien à ses compagnons d’infortune qu’accablait la misère… Ses fautes et ses folles passions avaient bouleversé la colonie de fond en comble … Cependant, la