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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/169

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6° Le délégué Chanlatte et le général Agé sont expressément chargés d’avoir pour le gouverneur et capitaine-général et les autres officiers et fonctionnaires publics espagnols, tous les égards dus à leur mérite personnel et à leurs grades respectifs, jusqu’à ce qu’ils sortent de la colonie.


Il faut rendre cette justice à Roume, que s’il fut contraint de faire cet arrêté, il n’omit rien de ce qui pouvait persuader, rassurer les habitans de la partie espagnole. Il était, dit-on, de la secte des Théophilanthropes dont Laréveillère-Lépaux, un des membres du Directoire exécutif, était le grand prêtre. En consacrant un article de son arrêté au maintien du culte catholique, Roume prouvait à ces habitans qu’il respectait leur foi religieuse, et il entrait aussi dans les vues de T. Louverture qui, sans doute, aura dicté cette disposition.

D’un autre côté, en chargeant le général Agé de cette prise de possession avec des troupes blanches, c’était donner une garantie aux blancs de cette partie, et entrer en même temps dans les vues du gouvernement français qui, en différant depuis si longtemps la prise de possession, s’était réservé de ne l’opérer que par de telles troupes. Mais, il y en avait peu alors. Le général en chef avait eu la précaution de faire marcher contre le Sud, le peu de soldats français qui restaient dans la colonie, et les chefs de son armée ne les ménagèrent pas ; ils les firent placer au premier rang : beaucoup avaient péri, comme nous l’avons vu au siège de Jacmel. Il fut donc forcé d’envoyer le général Agé seul, espérant qu’aucune difficulté ne lui serait faite à Santo-Domingo, puisqu’il était muni d’un acte de l’agent du gouvernement français. Il se trompa dans son attente.

Agé était porteur aussi d’une lettre de Roume et d’une