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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/140

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vécut peu à son mari. Un gentilhomme, nommé de Thusy, prit ses demoiselles sous sa tutelle, et les fit élever avec soin. Honneur aussi à la mémoire de cet homme généreux[1] ?

Mais honte à la mémoire de Roume ! En apprenant ce qui gavait occasionné le départ de Bauvais, Kerverseau écrivit à cet agent, pour lui reprocher son tort envers ce véritable homme de bien dont il avait toujours fait l’éloge. Roume eut l’indignité d’écrire au ministre de la marine, le 15 août, pour lui dénoncer Bauvais. « Il n’avait, dit-il, pas moins à cœur la cause de Rigaud ; mais il y mettait une hypocrisie que l’autre n’a point à se reprocher. » Une telle conduite déconsidère aux yeux de la postérité, et le caractère de Roume et le Directoire exécutif dont il était l’instrument, pour assurer le succès d’une politique inintelligente, injuste envers des hommes qui avaient bien mérité de la France, par de glorieux services.


Ce ne fut pas sans étonnement et sans indignation, que la garnison de Jacmel apprit le départ de Bauvais. Le commandement passa aux mains de Birot, l’officier le plus élevé en grade. Il assembla les troupes et les gardes nationaux pour leur donner lecture de la lettre adressée aux officiers supérieurs. Tous ces braves soldats et citoyens jurèrent de défendre la place jusqu’à extinction : leur courage sembla grandir par la fuite de leur général, dans l’expectative d’une guerre acharnée.

  1. Au moment où nous écrivons cette page, une des deux filles de Bauvais vient de mourir à Paris : c’était Madame veuve Tisserant, d’une piété exemplaire, d’une charité inépuisable, estimée de tous les ecclésiastiques et d’une foule de familles respectables de cette capitale. L’autre fille de Bauvais, non moins vertueuse, est morte aussi à Paris peu de temps avant sa sœur.