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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/130

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telle est la force de la raison et l’empire du devoir, qu’un homme de bien doit préférer l’honneur à tout ce qu’il a de plus cher au monde. Connaissant votre attachement et votre amitié pour moi, je me flatte, mes amis, que vous serez utiles à ma femme et à mes enfans que je vous recommande comme devant être un jour toute ma consolation. Si ma femme désirait aller à Santo-Domingo auprès du général Kerverseau, mon ami, ou partout ailleurs, soyez lui favorables, je vous prie.

Quant à moi, je vais me rendre à Saint-Thomas et ferai en sorte de profiter du premier bâtiment qui fera voile pour Hambourg, afin de me rendre en Europe, et passer de suite en France, où je ne négligerai rien pour éclairer le Directoire sur tout ce qui se passe dans cette colonie.

Comme il est possible que mon départ précipité occasionne quelque effervescence dans les troupes et des inquiétudes alarmantes aux citoyens de la ville et des campagnes, je vous recommande particulièrement de mettre en usage tout ce que votre prudence et votre sagesse vous suggéreront pour éviter le plus petit malheur ; car je mourrais de chagrin si jamais il me parvenait qu’il est arrivé quelque chose de désagréable à un individu quelconque. Assurez de mon attachement à tous les officiers et soldats de l’armée. Ne m’oubliez pas auprès de tous les braves capitaines volontaires de la ville et des mornes. Je compte beaucoup sur leur fidélité à la République française, au maintien de l’ordre et à la sûreté des personnes et des propriétés. C’est le moment de vous signaler tous.

Je vous invite à vous rappeler que la commune de Jacmel a envoyé une députation auprès de l’agent Roume, et que j’ai envoyé aussi un officier porteur de mes dépêches : peut-être seront-ils assez heureux de faire revenir le citoyen agent d’une erreur qui m’est en particulier si funeste.

Adieu, mes amis, je vous embrasse de tout mon cœur. Vivent la République française, la liberté et l’égalité !

Bauvais.

P. S. Je vous recommande l’union la plus étroite entre vous tous et l’administration municipale.


Il faut avouer que T. Louverture, en sa qualité de chef d’un parti politique, était bien supérieur aux deux chefs du parti contraire. De ces deux adversaires, — l’un est favorisé