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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/116

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pays civilisé, on a vu de semblables horreurs dans le cours de la révolution ? Les hommes sont donc partout les mêmes, soit qu’il s’agisse du bien ou du mal ! Mais, ceux de la race africaine qui ont réclamé à juste titre l’égalité devant la loi avec la race européenne, comme elle existe devant Dieu, ne doivent pas s’offenser de ce qu’on reproche aux méchans parmi eux, les mauvaises actions qu’ils commettent, de même qu’on flétrit les mauvaises actions des blancs qui se montrent cruels. Égalité dans le blâme comme dans la louange ! Voilà l’impartialité.


Nous n’avons pas nié que des manifestations ont eu lieu par sympathie, moins pour Rigaud personnellement que pour la cause qu’il soutenait ; car, pouvait-il être plus aimé que T. Louverture, — de Paul, frère de ce dernier, — de Moïse, son neveu, — de Pierre Michel, de Barthélémy, etc. ? Mais, en persécutant, T. Louverture devait-il proscrire en masse une foule d’individus, les faire égorger, parce que leur qualité d’anciens libres les représentait à ses yeux comme des ennemis personnels, tandis qu’ils n’étaient que des adversaires du système politique qu’il voulait faire prévaloir ? Dans de telles circonstances, un chef qui est animé d’un bon esprit, qui croit à la sagesse de ses vues mal appréciées, selon lui, doit restreindre ses vengeances contre ses adversaires, ses frères ; garder en prison, s’il le faut, le grand nombre qu’il redoute et dans lequel il y a nécessairement des hommes qui ne sont qu’entraînés par leurs opinions. Il faut convaincre leur esprit, non par le glaive, mais par la persuasion ; il faut ne frapper que ceux qui font résistance par les armes, et non pas ceux qui sont supposés, soupçonnés devoir être ennemis de l’ordre de choses qu’on veut établir.