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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/107

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entre les deux armées, MM. Madiou et Saint-Rémy s’accordent sur le résultat définitif que nous venons de relater ; — que Dessalines fut refoulé au-delà de la position de Bellevue. Ces échecs successifs subis par ses troupes avaient jeté le découragement parmi elles, tandis que celles du Sud, enflammées par leurs succès, ne demandaient qu’à marcher en avant : les officiers supérieurs pensaient de même ; tous sentaient la nécessité de profiter des avantages obtenus, pour achever d’abattre le moral de l’ennemi.

Dans cette disposition générale, on apprit la situation de l’ennemi et les préparatifs qu’il faisait pour retraiter encore sur Léogane, même pour évacuer cette ville. Après sa blessure, Rigaud s’était retiré au Petit-Goave : on envoya deux officiers l’avertir de la situation des choses et lui demander l’ordre de marcher en avant[1]. Mais, au grand étonnement de son armée, il fit dire de ne pas avancer, de garder seulement la position de Bellevue ; et cependant, dans ses prétentions fondées sur la lettre d’Hédouville, il devait vouloir occuper Léogane !

La Fortune lui tendait les bras : il lui tourna le dos ! L’homme politique arrêta encore l’élan de l’homme de guerre : il crut avoir assez fait, en reprenant le Grand-Goave.

Nous différons donc essentiellement ici du jugement porté par M, Saint-Rémy à cette occasion, pour nous ranger à celui de M. Madiou : ce dernier n’attribue cette halte funeste qu’à Toureaux, qu’il accuse de trahison en-

  1. Florant Chevalier, capitaine des guides de son escorte, et Poisson Paris, lieutenant de cavalerie.