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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/104

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et se sauva avec son adjoint, son ami. Boyer arriva au Grand-Goave un peu avant Pétion, qui, pour ne pas éveiller des soupçons de fuite de leur part, mit son calme ordinaire en allant lentement. Ils furent accueillis avec joie par les officiers et les soldats du Sud[1]. Pétion surtout arrivait comme une bonne fortune pour cette armée, par sa spécialité dans l’arme de l’artillerie, par ses connaissances militaires et cet aplomb qui le distingua toujours.

Si la défection de Pétion fut considérée par T. Louverture comme une trahison et servit de prétexte à de nouveaux crimes de sa part contre les hommes de couleur, Rigaud, de son côté, ne paraît pas avoir apprécié, comme il le fallait, l’acquisition que son armée venait de faire, dans cette individualité militaire qui était destinée à illustrer la guerre civile du Sud, par le plus beau fait d’armes qu’elle ait offert. On assure qu’en apprenant cette défection intelligente, dévouée et hardie, il se montra presque indifférent. Il ne voyait sans doute en Pétion, que l’ancien chef de bataillon d’artillerie qui, à Jacmel, avait pris parti pour Montbrun ; et c’est dans cette ville encore qu’il alla bientôt grandir sa réputation militaire ! Tous ces précédens regrettables expliqueront bien des faits qui se passèrent sur la terre d’Haïti, en 1810.

Quant à Pétion, quant à ce noble caractère qui sut faire encore en 1802, comme nous venons de le dire, le sacrifice d’anciens souvenirs de divisions intestines, pour s’u-

  1. Je tiens toutes ces particularités d’une conversation avec Boyer lui-même. C’est par erreur que M. Madiou fixe la défection de Pétion après les premiers combats livrés à Fauché, en juillet : elle eut lieu auparavant. Le récit de Boyer est positif à cet égard : il était adjoint, et comme tel, il écrivait à l’adjudance ; mais il n’était pas secrétaire de Pétion. Il l’avait été auprès de R. Desruisseaux à sa fuite du Port-au-Prince, sous les Anglais ; il devint encore secrétaire de Bauvais. Pétion, nommé adjudant-général, le prit alors comme son adjoint, ainsi que Segrettier.