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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/75

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Toutefois, bien des particularités sont restées ignorées, quant aux faits survenus dans les provinces de l’Ouest et du Sud, parce que la mort surprit Polvérel qui aurait pu les faire connaître et les expliquer, ayant eu l’administration particulière de ces provinces. Il mourut à Paris, le 6 avril 1795, de la maladie qu’il avait contractée dans la colonie et dont il parlait à Sonthonax, dans une de ses lettres que nous avons citée au deuxième livre. Malgré ses souffrances physiques, il assista aux débats jusqu’au 1er avril. Verneuil, un de ses accusateurs, eut l’infamie de requérir un officier de police, de faire exhumer son cadavre pour en faire l’autopsie, sous le prétexte d’examiner s’il ne s’était pas empoisonné, par crainte du résultat de l’accusation. On avait vu ce pervers oser contrefaire indécemment la voix faible et épuisée de Polvérel, dans les derniers jours où il assista aux débats. Cette conduite de la part d’un colon de Saint-Domingue suffirait seule à faire apprécier les sentimens qui animaient ces hommes cruels, si l’histoire n’avait pas à constater d’autres faits encore plus blâmables de leur part.

Pour nous, qui les recueillons, afin d’écrire notre histoire nationale sur des bases certaines, nous ne pouvons que nous féliciter de l’idée qu’ont eue les colons d’accuser Polvérel et Sonthonax. Sans cette accusation, notre postérité ne pourrait savoir tout ce qu’il y a eu de détestable dans le système qui régissait notre pays ; elle ignorerait toutes les turpitudes signalées à chaque page de ces débats, tous les mauvais sentimens que nourrissaient les colons de Saint-Domingue contre les hommes de la race africaine, qu’ils subjuguèrent par l’abus de leurs lumières et de leur force. Notre postérité, enfin, pourra mieux apprécier le généreux dévouement de nos devanciers qui