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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/56

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Dondon pour les engager à se réunir à lui. Il leur disait : que c’était en vain qu’ils se croyaient libres ; que la République française n’avait pas le droit de leur donner la liberté, sans payer préalablement une indemnité à leurs maîtres ; que si la paix avait lieu en Europe, la France enverrait des escadres et des troupes à Saint-Dominque pour rétablir l’esclavage, à moins qu’elle n’eût assez de moyens pour indemniser les maîtres ; que le rétablissement de la monarchie en France aurait le même résultat, parce que la France avait besoin de Saint-Domingue pour son commerce et ses manufactures, et que l’esclavage seul pouvait donner la possibilité de satisfaire à ce besoin, etc. Son adresse se terminait, en engageant les noirs à se soumettre à l’Espagne qui les rendrait réellement libres, qui les entretiendrait : enfin, il leur accordait une amnistie durant deux mois.

Certainement, de telles pensées n’étaient pas sorties du cerveau de Jean François ; les Espagnols et les émigrés ou colons français seuls pouvaient les concevoir et employer cet homme, pour les transmettre aux noirs de la partie française. Néanmoins, il est curieux de voir comment ces prévisions se sont réalisées par la suite. Nous aurons bientôt occasion de prouver que déjà, dans la même année 1795, ces idées se propageaient en France.

Deux jours après cette adresse, T. Louverture y fît une réponse où il qualifiait son ancien collègue, de vil esclave des rois, en lui reprochant la vente de ses frères aux Espagnols, pour être envoyés dans leurs mines du Mexique.


C’est à cette époque, au mois de juin 1795, que nous