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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/553

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Cependant, David-Troy, dégoûté de tant de vexations, conçut la malheureuse idée de s’empoisonner. Il écrivit un billet d’adieu à Borgella, où il lui disait les causes de la mort qu’il espérait atteindre, et le mit sur le lit de Borgella, chez qui il alla en son absence. En rentrant, Borgella l’ayant lu, accourut aussitôt chez David-Troy, qu’il trouva dans des spasmes affreux. Des médecins mandés promptement réussirent à le sauver. Dans cet état de prostration complète, David-Troy fut mis aussitôt en prison par ordre de Bauvais.

Les officiers de dragons qui s’étaient promis de passer dans le Sud, subornèrent le geôlier et firent évader David-Troy. Borgella et eux tous, suivis d’une quarantaine de dragons, quittèrent Léogane et se rendirent au Petit-Goave, placé sous les ordres de Rigaud. De là, ils écrivirent une lettre à T. Louverture, général en chef, pour lui expliquer les motifs de la résolution qu’ils avaient prise, en relatant tous les faits dont ils se plaignaient du général Bauvais.

Ce général fut sans doute l’un des plus beaux caractères qui se soient montrés parmi les hommes de cette époque ; mais avec toutes les qualités d’un homme de bien, d’un militaire éminent, il s’est attiré de justes reproches, par une inflexibilité de principes peu convenable dans un temps de révolution. Étant d’un âge plus avancé que la plupart de ses compagnons, il ne savait pas se montrer assez conciliant envers ces jeunes hommes dont l’imagination était ardente, et qui se pliaient difficilement aux sévères exigences de la discipline militaire : de là, la préférence qu’obtint sur lui le général Rigaud qui, plus ambitieux, sut séduire ces jeunes courages par des dehors plus flatteurs, et par une condescendance que commandaient