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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/544

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et la débauche qu’ils étalent dans leur mission. L’excommunication fulminée contre les chefs de cette province la force à l’isolement, à la scission avec l’autorité nationale dans la colonie. Celle de la métropole, de nouveau égarée, la met hors la loi.

Mais, sous les yeux mêmes de l’agence, dans la province du Nord où elle siège, des faits monstrueux, des soulèvemens ont lieu de la part d’une minorité de la population noire qu’elle semble vouloir favoriser. Elle s’en prévaut pour déclarer cette province en danger, pour faire régner la loi militaire, au moment où elle vient enfin de proclamer les garanties constitutionnelles. Et pour justifier cette déclaration, elle accuse secrètement, par sa correspondance avec le gouvernement directorial, la masse des noirs et leurs chefs qu’elle a d’abord prônés ; ils sont représentés à leur tour comme hostiles aux Européens.

Ainsi, les deux branches de la race noire sont calomniées ; la faction coloniale doit indubitablement réussir dans ses desseins pervers.

C’est dans de telles circonstances que l’agence annule des élections faites dans l’Ouest et dans le Sud, et fait procéder à d’autres, dans une assemblée unique, pour la représentation générale de la colonie au corps législatif : les électeurs de ces deux provinces n’y concourent pas. Pendant ces élections, l’influence personnelle de T. Louverture, qui s’est vu appelé à la lieutenance du gouvernement par Laveaux, qui a été ensuite élevé en grade par Sonthonax, a fait nommer députés ces deux hommes qu’il désire remplacer : le premier, en sa qualité de général en chef, le second, dans la direction des affaires.

Cependant, le Sud, qui a fait scission avec l’agence, s’organise sous les ordres de Rigaud, mis hors la loi ; ce géné-