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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/532

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gaud ; plaçant aussi le voyage de ce dernier après la prise de possession du Môle, il dit, d’après des traditions populaires :

« Que T. Louverture, après son monologue, accueillit Rigaud avec tous les dehors d’une sincère fraternité, quoiqu’il fût bruit au Port-au-Prince de l’arrestation de Rigaud ; qu’ils partirent ensemble dans la voiture de ce dernier ; que, quoiqu’il se montrât peu communicatif et défiant, T. Louverture lui dit de se tenir en garde contre les conseils d’Hédouville ; de ne pas oublier que les hommes de couleur et les noirs, d’une commune origine, étaient nés pour s’aimer et s’entraider ; que ce n’était que par leur union que l’ancien régime ne pourrait renaître ; que les deux castes devraient s’entendre pour combattre les tendances liberticides du Directoire, proclamer l’indépendance de Saint-Domingue et s’isoler par ce grand acte des réactions qui, déjà, s’opéraient en France contre la liberté générale ; que Rigaud écouta favorablement le discours de Toussaint, si ce n’est ce qui avait trait au projet d’indépendance : il lui dit que la France ne rétablirait jamais l’esclavage. Quand ils arrivèrent sur l’habitation D’Héricourt dans le Nord, Toussaint réunit tous les cultivateurs de ce quartier, et leur présenta Rigaud comme un des défenseurs les plus ardens de la liberté, celui qui devait le remplacer.  »

Voilà T. Louverture disposant d’avance de la succession d’un héritage qu’il ne possédait qu’à titre éventuel, tant est grand son amour pour Rigaud et pour les hommes de couleur, faisant d’ailleurs deux castes entre les hommes de la race noire. Le voilà non moins préoccupé du bonheur des noirs, et visant à l’indépendance de la colonie pour le leur assurer.

Mais bientôt :