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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/524

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Que les Anglais auraient soutenu T. Louverture sur les côtes avec leurs vaisseaux ; car ils n’avaient plus de troupes à proximité, et il eût été même impossible à toute troupe anglaise de débarquer pour se mêler aux troupes coloniales du Nord. Mais alors même, la moitié de Saint-Domingue français et la partie espagnole seraient restées sous l’autorité de l’agent. De nouveaux ordres du Directoire exécutif venant ensuite fortifier l’autorité de cet agent, T. Louverture eût été vaincu : il était impossible qu’il ne le fût pas.

Ces considérations n’ont pu échapper à un homme, un militaire aussi distingué que le général Hédouville. Supposer le contraire, c’est admettre une faible portée politique à son esprit, et nous ne pouvons lui faire cette injure. Donc, en partant ainsi, en semant la division entre Rigaud et T. Louverture, il a obéi à sa mission.

Non, il n’a pas pu être fâché de l’alliance du général en chef avec les colons et les émigrés : il savait bien à quoi s’en tenir sur le prétendu attachement de ces hommes pour T. Louverture ; il n’ignorait pas, ou il devait prévoir qu’ils finiraient par s’entendre avec la faction coloniale en France, pour le jouer et le livrer à la métropole en temps opportun. En partant, il écrivit à Kerverseau qui était à Saint-Yague : « Je n’ai que le temps de vous annoncer mon départ de Saint-Domingue, où l’autorité nationale vient, encore une fois, d’être méconnue par T. Louverture, qui subira tôt ou tard la peine due à sa perfidie.  »

Pour le moment, et quoi qu’en ait dit de lui le général Hédouville, T. Louverture était plus nécessaire que Rigaud, aux vues de réaction que l’on nourrissait en France contre les noirs. Et la preuve de cette assertion, c’est qu’a-