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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/523

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lement ce département, mais celui de l’Ouest ? Conçoiton alors le succès d’une résistance de la part de T. Louverture à cette autorité nationale, soutenue par les troupes du Sud et de l’Ouest, ayant Rigaud et Bauvais sous ses ordres ? L’agent avait plusieurs fois démontré à T. Louverture qu’il avait les mêmes pouvoirs dans la colonie que le Directoire exécutif en France ; il lui avait rappelé le texte d’une loi qui ne conférait le titre et le rang de général en chef à un officier supérieur que pendant une campagne ; en proclamant la destitution de T. Louverture, en vertu de cette loi et de ses pouvoirs, au nom de la France, de cette France pour laquelle on venait de repousser les Anglais, est-ce que toutes les troupes du Nord elles-mêmes n’auraient pas fait défection à T. Louverture pour se ranger sous les ordres de l’agent ? Elles l’eussent fait d’autant mieux, que tous les actes du général en chef parlaient toujours de la soumission due à la France. Les colons seuls auraient fait des vœux en faveur de leur ami.

Ce n’est donc pas une faute que commit Hédouville en cette occasion[1] que de ne pas se rendre dans le Sud ; ce fut bien le résultat de sa mission. Comment ! il abandonne la colonie au moment où il croit que T. Louverture s’entend avec les Anglais, les Américains et les émigrés, pour la ravir à la France ! Un général fuit ainsi, lorsque la conservation du territoire a tous les élémens de la défense dans une armée aguerrie ! Etait-ce la crainte d’être capturé par les Anglais, qui l’empêchait d’aller dans le Sud ? Mais il n’a pas craint de l’être en allant en France.

Que fût-il arrivé de pis, s’il s’était porté dans le Sud ?

  1. Vie de Toussaint Louverture par M. Saint-Rémy, p. 216.