Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/52

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le chef de bataillon Bedos, chargé de dépêches du gouverneur général pour le ministre de la marine. Depuis l’apparition de la corvette l’Espérance à Jacmel, en juin 1794, c’était le premier navire de guerre français qui fût venu dans la colonie.


Nous trouvons parmi nos documens une lettre de Villatte à Laveaux, du 22 février, qui nous met sur la voie de ce qui existait entre eux, et de ce qui est survenu par la suite. La voici :

J’ai réclamé l’amitié que tu m’as manifestée dans tes lettres et tes discours, pour obtenir une réponse de toi, et je n’en suis pas plus avancé. Ce silence obstiné, et ce qui m’est rapporté de toutes parts, me donneraient lieu d’en douter ; car les paroles ne sont rien pour moi ; ce sont les actions. Je le l’ai déjà dit : je ne suis point fin, je ne suis point homme de cabinet ; mais je suis bien l’homme de la révolution, par goût et par principes. Je vais rondement en besogne, et quand je me trompe, je suis de bonne foi : cependant, avec mon gros bon sens, je sais démêler la vérité.

Je sais que Moreau est très-exact à t’envoyer le mouvement du port, et que beaucoup d’autres, anticipant sur mes droits, te rendent compte de tout ce qui se passe ici : ce qui pourrait me dispenser de t’en rendre ; mais je serai toujours exact à mon devoir envers toi.

Permets-moi de te dire que tu en as un aussi à remplir envers moi : c’est de répondre à tous les points de ma correspondance, soit que tu approuves ou que tu improuves mes actions : cela ne doit pas être pénible pour toi, puisque je lis dans une de tes lettres que j’ai sous les yeux, que tu m’as adopté pour ton fils, et que tu me portes dans ton cœur. Plaise à Dieu que tu n’y portes pas des individus qui neveulent pas le bien autant que moi !


Cette lettre de Villatte était daus le style républicain de l’époque. Les militaires surtout se tutoyaient : Laveaux lui-même employait cette formule avec les autres officiers. Cependant, nous remarquons que dans ses lettres au