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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/50

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on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Mêlant toujours quelque chose de la religion dans ses paroles, T. Louverture, en récitant, en chantant le Requiem, trahit aussitôt la joie que lui occasionnait la mort de cet officier : il en rendit grâces à Dieu !… Hélas ! il ne se doutait pas alors qu’un jour viendrait où, appelé lui-même avec une ruse égale à la sienne, arrêté et garotté, il serait embarqué dans cette même ville des Gonaïves pour aller mourir dans un cachot, sur de la paille ; et qu’après sa mort douloureuse, on dirait aussi de lui, avec la même insensibilité : Ce vieux nègre est mort de froid.

Nous ne trouvons rien dans nos documens, qui dénote que T. Louverture soupçonnait Blanc Cazenave d’être un partisan de Villatte. En énumérant à Laveaux, par une lettre du 31 janvier, les divers motifs qu’il donna pour son arrestation, il n’insinua rien à ce sujet. Cependant, il parlait à cœur ouvert à Laveaux !


Dans les premiers jours de février, au moment de la mort de cet officier qui guerroyait si bien contre les Anglais, le major Brisbane sortit de Saint-Marc pour diriger une attaque générale contre les républicains, sur toute la ligne de l’Artibonite. Il était secondé par le colonel Dessources, français au service de la Grande-Bretagne, et par Lapointe appelé de l’Arcahaie dans le même but : ces deux derniers avaient chacun un régiment sous leurs ordres. Si l’attaque fut vive de la part des l’Anglais, les répupublicains, guidés par T. Louverture, leur firent la résistance la plus vigoureuse : Christophe Mornet, noir ancien libre, se distingua par sa valeur. Brisbane et Dessources ayant été blessés, le premier dangereusement, les Anglais furent repoussés de toutes parts, excepté du bourg des