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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/489

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voir avec le général Rigaud, je lui soumis (de concert avec ce général) les réflexions qu’il nous fît naître. Il adopta nos idées mutuelles sur quelques articles relatifs à la culture et à la police des ateliers, qu’il changea ; mais il ne voulut rien toucher à ce qui en faisait la base. Inébranlable dans sa résolution, voyant d’ailleurs dans son arrêté un nouveau moyen de poursuivre les vagabonds, de les assujétir au travail, je me contentais de lui faire sentir combien il serait mal interprété, combien il jeterait de la défaveur sur son administration, s’il ne prenait la précaution de charger des personnes investies de la confiance des cultivateurs, de le leur présenter sous un point de vue qui ne pût les effaroucher ; que c’était une mesure délicate qu’il fallait manier avec adresse et prudence. J’étais à l’Arcahaie lorsqu’il me l’adressa ; j’en fis l’explication nécessaire aux cultivateurs de ce quartier, que je rassemblai à cet effet, et ils s’en retournèrent tous contens. Mais cette précaution ayant été négligée dans les autres quartiers où cet arrêté fut adressé aux juges de paix, il porta partout la consternation et le trouble. »

Or, cet acte, loué d’abord par T. Louverture, avait le malheur d’être dans les idées exprimées par Vaublanc, dans son discours au conseil des Cinq-Cents : on se rappelle que nous les avons fait connaître. Vaublanc proposait de faire rentrer les noirs sur les habitations de leurs anciens maîtres, et de leur faire contracter des engagemens à terme. Barbé de Marbois, au conseil des Anciens, avait parlé aussi de tels engagemens qui ne répugnaient pas, disait-il, au système républicain. Ils étaient tous deux royalistes, exclus des conseils au 18 fructidor.

Il n’en fallait pas davantage pour que T. Louverture exploitât la situation d’Hédouville envers lui ; et ce que