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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/423

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On a accusé T. Louverture d’avoir trop ménagé les Anglais dans la capitulation pour l’évacuation des villes de l’Ouest, en disant qu’avec sa forte armée, il aurait pu les écraser ou obtenir des conditions plus avantageuses. Sans tenir compte de l’approbation d’Hédouville, examinons si sa conduite prouve réellement une connivence coupable avec Maitland.

Puisqu’il lui était prouvé que les Anglais voulaient eux-mêmes évacuer ces villes, pourquoi aurait-il dû préférer les voies d’une guerre rigoureuse, plutôt que celles des négociations militaires ? Il était assuré qu’en voulant trop exiger d’un ennemi qui n’était pas à mépriser, celui-ci, dans sa fureur, aurait saccagé ces villes, ruiné les fortifications avant de les abandonner. Dans la guerre on doit se promettre la conquête, et la conquête doit avoir pour but la conservation. Qui eût souffert le plus des désastres qui seraient survenus par trop d’exigences ? N’est-ce pas le pays lui-même, ne sont-ce pas les habitans ?

De leur côté, les Anglais ne s’étant emparés de tous les points de la colonie que par la trahison des colons n’était il pas juste de leur part, du moment qu’ils reconnaissaient ne pouvoir plus s’y maintenir, de ménager à ces hommes et au reste des habitans soumis à leur domination, toutes les faveurs du vainqueur ? Ils le devaient d’autant plus, qu’ils voyaient T. Louverture déjà disposé à un bon traitement pour les colons et entouré de leurs conseils. Nous verrons les explications qu’il a données lui-même de ces faits au Directoire exécutif.

Ces deux généraux, Maitland et T. Louverture, ennemis l’un de l’autre, remplirent ainsi leur devoir le plus strict : le blanc, en agissant avec humanité envers ceux qui avaient